Alibaba débarque à Bierset

Alibaba débarque à Bierset

Nous apprenions 13 novembre l’installation à Liège du premier hub européen d’Alibaba, société chinoise de commerce en ligne. Ce mardi 28 novembre, la presse annonçait le blocage du dossier au conseil d’administration par les administrateurs de l’Aéroport de Paris (actionnaire de Liège Airport) sous la pression de TNT/Fedex qui convoitait les terrains obtenus par Alibaba.

Prudence et désaccord

Revenons au 13 décembre. A peine la nouvelle de l’installation d’Alibaba à Bierset annoncée, le Bourgmestre de Liège et notre Premier Ministre se sont empressés de communiquer leur satisfaction, évoquant l’un la réussite du développement du pôle logistique de Liège, l’autre la réussite de sa politique de l’emploi (baisse des charges, etc…), revendiquant ainsi chacun la paternité de création de nombreux emplois (des centaines … !? ). Wait and see ! Le Trilogiport, autre plateforme logistique promettait la création de nombreux emplois (environ 2000 !?). Nous les attendons toujours!

Contrairement à nos cadors politiques, le porte-parole de l’aéroport faisait preuve lui d’une prudence de sioux (à juste titre vu le blocage des derniers jours), affirmant « que rien n’était encore signé, que les discussions étaient toujours en cours, qu’elles devraient aboutir pour la fin de l’année, et que tant que rien n’était signé, on ne pouvait rien annoncer ! » Un nouveau conseil d’administration aura lieu ce jeudi 29 novembre.

Le responsable européen d’Alibaba restait quant à lui très vague sur le calendrier et ajoutait : « nous avons développé une collaboration poussée avec Liège, même si l’extension d’Alibaba en Europe n’en restera pas là. Après quelque temps, nous examinerons la manière dont cela fonctionne. Et nous réfléchirons à l’opportunité de créer un deuxième ou un troisième centre en Europe ». Autrement dit, Liège tient la corde mais il n’est pas dit qu’un jour…

Un joli conte doré?

Alibaba évoque les contes des milles et une nuits ? Mais qu’y-a-t-il derrière ce nom évocateur? En fait, un géant chinois du commerce électronique. Et c’est du lourd, du très lourd !

Cette société est cotée à la bourse de Wall Street. Valeur : 397 milliards de dollars, ce qui la place en 6ème position après Apple, Amazon, Google, le fonds d’investissement de W. Buffet et Facebook. Cette plateforme génère des revenus annuels de 39 milliards de dollars. Jack Ma, co-fondateur et président exécutif du groupe, vaut quelques 30 milliards d’euros selon Forbes. C’est une fortune gigantesque pour cet ancien professeur d’anglais, qui se place en 20ème position du classement actuel des personnes les plus riches de la planète.

Alibaba dispose d’une application dédiée à l’e-commerce, Taobao, présente sur pratiquement tous les smartphones en Chine. Elle est utilisée tous les mois par 634 millions d’utilisateurs actifs. Elle dispose aussi de l’application Tmall, site réservé aux chinois pour les achats de produits à l’étranger.

Mais, Alibaba n’est pas que de l’e-commerce : il est aussi actif dans l’intelligence artificiel, le paiement électronique et le cinéma.

Notre petit pays ne pèse donc pas très lourd face à cette puissance financière. La nouvelle n’est pas nécessairement aussi bonne, à long terme en tout cas, que ce que clament nos chers dirigeants. Cette activité économique va inévitablement engendrer des nuisances sonores, de la pollution de l’air et une augmentation du trafic aérien et routier dans une région déjà saturée, donc des coûts (coûts cachés !). Et l’emploi ? Au JT de la RTBF du 13 novembre, un économiste faisait remarquer qu’Alibaba est un des temples de la contrefaçon. Selon l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), la contrefaçon ferait perdre 434 000 emplois en Europe et 60 milliards d’euros chaque année. Autrement dit, selon cet économiste, nous gagnerons des emplois le plus souvent peu qualifiés et précaires et nous consommerons des produits bon marché et de piètre qualité mais ce sera au détriment de développement des PME européennes et d’emplois plus qualifiés.

Deng Xiaoping, le père du développement économique capitaliste de la Chine, quand on soulignait la contradiction entre un régime politique communiste et ce modèle capitaliste de développement, disait : « Peu importe la couleur du chat pourvu qu’il attrape les souris ! » Espérons que le chat chinois n’attrapera pas les souris que nous sommes !